samedi 20
septembre, une belle soirée un peu fraîche mais douce...
une invitation à sortir, à s'éveiller...
avec une amie on s'est concoctée la visite d"un lieu d'adord de labeur, de très grand labeur pour bon nombre d'ouvriers, maintenant espace "en sommeil" lieu de mémoire
il s'agit d'un haut-fourneau "l'U4" à Uckange (en Moselle), fermé au début des années de 1990... après de nombreuses luttes... d'espoirs aussi...
à présent, patrimoine "sauvé" grâce à la détermination de sidérurgistes qui ont continué à lutter pour ce projet plus de 15 ans...
cette année c'est une réalité et véritable magie...
"qu'est-ce qui restera de la mémoire de cette épopée industrielle, e notre Vallée de la fensch, pour les futures générations dans 50 ans, si nous n'en gardons aucune trace, aucune mémoire"
m'avait argumenté l'ancien président de la Communauté d'Agglomération du Val de Fensch, lors d'une interview pour une étude que je faisais alors pour ma licence professionnelle en développement
culturel (il y a déjà 4 ans)...
beaucoup de polémiques autour de ce projet, économique, légitimité du lieu (par rapport à d'autres hauts-fourneaux, utopies, surtout beaucoup de souffrances nées de l'arrachement des ouvriers, la
perte de leur travail, un patrimoine inestimable passé et à venir !!!
dans une vallée qui a déjà tant perdue et perd encore (Gandrange n'est pas loin)
il y a dans cette démarche une vraie responsabilité et un lourds poids... celui de métiers durs où la mort planait
"quand un ouvrier tombait dans une poche de fonte, on se devait de garder un "lingot" de cette coulée, en souvenir !!!" mon père a d'ailleurs été un de ces "petit" héros qui a pu sauvé de justesse
dans les années 50, un de ses jeunes collègues, Basile ,un jeune Ukrainien, mon père était venu de son Italie du Sud pour travailler dans cet eldorado...
alors quand j'ai pris hier soir le chemin de la passerelle de visite de cette " cathédrale d'acier" l'émotion était présente mais très pudique, comme ses femmes et ses hommes de la
sidérurgie... du cru ou de l'immigration, une kyrielle d'acteurs (trices) d'une grand histoire...
Un artiste a été chargé de sa mise en lumière et son oeuvre s'appelle "tous les soleils" fait de rouge et d'or... on contourne ce patrimoine, on le découvre sous toutes ces facettes...
se présente à nous un grand 'spectacle", un espace gigantesque, des lumières qui nous "expliquent" des pans de "son existence" de celles de milliers d'ouvriers, comme ce chemin de la coulée de la
fonte dans la nuit d'un rouge vivifiant -- cette coulée c'était la "Vie" pour tous... le début d'une promesse d'un avenir pour soi et pour ses enfants...
je marche à l'allure d'un pélerin... le silence est presque "religieux", très respectueux. dans la pénombre, dans la préiphérie du haut-fourneau, se dessinent des ombres, celles de
différentes infrastructures (comme le traitement des gaz, les zones de chargement...)
pas de sentiment d'oppression, de l'émotion pure devant cet édifice imposant mais aux fêlures béantes... rouillé, seul, mis en valeur, caressé par de nombreux flux de lumières.
une lumière subtile, volubile, enveloppante et par endroits éclatante ou voilée...
un éveil des sens qui sont multiples (par moments me manquaient les sons de l'usine, mais ils étaient dans ma tête)
c'était ma première visite, ma première marche dans l'Histoire industrielle...
J'y retournerai et ne sais si j'en serai rassasiée un jour...
l'U4 " le Jour c'est une Grande Histoire, la Nuit c'est une Oeuvre d'Art", dit la plaquette...
allez jeter un coup d'oeil sur le sitela communauté d'agglomération
http//.agglo-valdefensch.fr --- quelques minutes pour s'éveiller, ce n'est pas de trop dans une vie !!! n'est-ce pas ?
vous l'aurez compris, je suis conquise, mais ça ne date pas d'aujourd'hui, j'ai beaucoup suivi de loin ce projet, je suis une fille des "hauts-fourneaux", même absents, ils sont présents dans ma
mémoire comme des fantômes... géants d'acier de mon enfance
j'ai appris à les aimer, même à donner envie à des jeunes (dans mon travail d'animatrice) de les filmer, les photographier...
il reste les témoins de la "réunion" de nombreuses générations, familles d'ici et d'ailleurs, de destinées humbles où le quotidien côtoyait les "petits bonheurs" et les grandes souffrances, la
sécurité d'un travail et "la gravité" "la souffrance" des accidents, des maladies, puis peu-à-peu un nouveau deuil celui de leur déclin,de leur fermeture, d'un avenir compromis ...
ce scénario se perdure de nos jours dans d'autres industries...
j'ai encore de nombreuse choses à partager dans ce cadre, alors au prochain article !!! à venir
exposition "le femmes de fer" à laquelle j'ai eu le bonheur d'apporter une petite contribution