Dimanche 8 février 2009 7 08 /02 /2009 14:42

Un an déjà, jour pour jour, je m'exprimais sur mon KO survenu un 7 décembre 2005...
depuis hier, 38 mois de vie en plus... de rétablissement (s) progressif(s)...

Février 2009, nouvelle information. Après une coronarographie demandée et exécutée expressement par mon cardiologue, le diagnostic tombe ce jeudi 6 février 2009 -- un pontage coronarien doit être décidé et pratiqué, un geste chirurgical qui va suppléer une de mes coronaires obstruée par une  plaque d'arthérome et  me  permettre une meilleure irrigation du myocarde (muscle cardiaque)

Je ne réalise cette annonce que le lendemain, avec émotion (s) assurée (s), nouvelle étape médicale, nouveau risque, nouvelle lutte.
A relativiser,  par rapport à ce que j'ai déjà vécu. Mais bon, c'est un expérience à rajouter à mon "palmarès" ,je peux me permettre de nommer ainsi mon parcours.

Dans l'ambulance du retour, je reste silencieuse et avare en informations, j'ai comme un blocage, une douleur qui se réveille, lancinante, des souvenirs pas très drôles.

Une amie m'appelle sur mon portable, son mari  vient de subir quatre pontages en une opération.. Il va bien, suit une rééducation intesive.
Je m'agrippe à ces mots, à ces avis sur la question, je reprends confiance et puise dans la conversation l' énergie pour surmonter cet instant...
Les larmes coulent sur mes joues, je m'excuse auprès du chauffeur, qui,  lui-même me rassure, me rappelle que c'est une opération banale de nos jours (il emmène bon nombre  de patients pour ce genre d'opération)...

J'encaisse et lui dit : l'important  pour moi c'est qu' ils aient pu décelé ce problème avant que je ne succombe à un malaise ou à un infartus, ou je ne sais quoi... la marge est là pour nous préparer à l'opération (et aux suites) physiquement et mentalement... c'est bien mieux qu'il y a trois ans... quand j'ai sombré chez mon dentiste.

N'empêche que très rapidement la mémoire se réveille et me replonge dans les premiers jours de ma sortie du coma...
L'univers de la chambre, les équipes soignantes, les machines qui m'entouraient, la grande montre, accrochée au mur, en face de mon lit, le temps qui ne passait pas, semblait durer 3  fois plus qu'à la normale...

Une vraie ruche, ce service de réanimation, un suivi rapproché et très rythmé (examens sanguins, tension, température, respirateur, toilettes... et bien d'aures choses utiles à cette vie en suspens...

je me revoie couchée à compter, par fréquence régulière, les peupliers qui se dressaient face à ma fenêtre, à les regarder se balancer au gré du vent... de grands peupliers qui me rassuraient à chaque sortie d'assoupissement...

Peupliers sublimes, le matin, au lever du jour, ces matins d'hiver, puis se fondant dans le soleil rouge le soir pour devenir des ombres complices à mes premières nuits sans vrai et long sommeil.

Ma journée commençait et finissait avec eux, ils étaient devenus des êtres proches. A force de les observer je pouvais les distinguer, presque les apprivoiser.

Etrange rencontre avec une nature insaisissable dans ma chambre "bulle".
Nature combien désirée pour retrouver un à un mes sens, je ne disposais à ce moment-là que de mes oreilles pour entendre, me situer dans le temps,  mes yeux pour voir, reconnaître,...
ma bouche était d'abord murée dans le carcan d'un respirateur salvateur, mon nez par les liens à l'oxygène vitale, mes mains tendues le long de mon corps... parfois sanglées pour m'empêcher de mettre à maltout le dispositif de réanimation... par trop d'impatience ou de gêne...

On peut se demander parfois : à quoi puis-je m'accrocher dans la pire des situations ?
Eh bien à peu de choses, un bout de bois qui nous aide à flotter sur l'eau, une paroi de roche dans l'air, à la branche d'un arbre sur terre, en en cas de feu, une bouche d'air pour continuer à respirer... ce sont despossibilités infimes, mais immenses... si on y pense.
Ces peupliers ont été les premiers à me relier à la vie... et à moi-même.

Le lendemain de mon réveil, on m'extube, je réapprends à respirer seule, j'ai la trouille de ne pas y arriver... ma voix est aphone, je m'exprime en chuchotant, je pleure, en suis désolée, le dit à une infirmière qui me rassure, elle veillera sur moi toute la nuit.
Mon regard se fige sur mes peupliers, je me concentre sur ma respiration , je m'appuie sur eux... même invisibles dans la noirceur de la nuit...
Un nouveau jour se lève. Imperturbables ils sont là. Je sais au fond de moi que la vie s'écoule de nouveau dans mon corps, et que pour un temps très court,  ils seront mon rendez-vous intime le plus précieux...  de cette période.



Par gwendoline57 - Publié dans : empreintes - Communauté : Les blouses blanches
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  • : il y a un avant, il y a un après, avant hyperactive, altruiste à fond, inquiète pour les autres,protectrice, après en quête du MOI, en recherche d'équilibre... d'un espace pour vraiment "poser ses valises"

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